Eric TABARLY

 

     Le "Pépé" d’une génération de marins

     Fondateur de la voile moderne et des défis en solitaire, Éric Tabarly a transmis sa passion de la mer à toute une génération de jeunes navigateurs. Il a aussi aidé la France à être fière de son littoral. Aux marins comme aux terriens, il a montré comment apprivoiser le large.
     Eric, le "taiseux", redoutait davantage la foule que la houle. Les officiers de marine n’aiment pas sortir du rang. En 1964, jeune enseigne de vaisseau et ingénieur de l’École navale, quand il remporte sa première course, ce sont ses supérieurs qui lui demandent de descendre les Champs-Élysées. Pour l’amour de la mer, il accepte de se montrer au premier plan. Imaginait-il alors qu’il ouvrait la voie à toute une génération de passionnés des flots ?
     Les marins sont tous orphelins. Halvard Mabire, Olivier de Kersauson, Philippe Poupon, Titouan Lamazou, Marc Pajot, les vedettes et les anonymes. Tous ont longuement fréquenté, l’"école Tabarly". Il y a ceux qui parlent et ceux qui, comme lui, se taisent.

    Tous ont en tête ses silences aussi carrés que sa figure, ses sourires, et sa sincérité. La force aussi d’un marin qui soulevait sans difficulté des sacs de voiles de 80 kg.


Une référence aux Glénan
     A bord, "Pépé", comme ils le surnommaient, n’était jamais très directif. En mer, il manœuvrait et demandait à ses disciples de suivre au doigt et à l’œil ses déplacements. Après la course, le soir, devant un bon bordeaux, il confiait plus volontiers ses secrets tactiques et ses recherches en technologie et architecture navale.
     Naviguer avec ou à côté de Tabarly, c’était un rêve de gosse que des milliers de jeunes ont eu la chance de réaliser. Toujours emprunté à terre, Éric n’était à l’aise que sur les pontons et à la barre. Du "Figaro" à la "Withbread", il allait souvent visiter les arrivées de courses, les plus grandes comme les plus discrètes, pour soutenir ses mousses. Car il aimait naviguer avec les "midships" -équipiers- de l’École navale. Il leur a enseigné le goût du large et l’exigence de la mer. "Éric était un énorme marin, c’était surtout une vraie autorité par son attitude générale stricte et claire", se souvient André Vian, son ami-rival puis président de l’Union National des Courses au Large (UNCL) pendant toutes ses grandes victoires de l’Ostar au record de l’Atlantique. "Il n’a jamais été un professionnel de la voile. C’était un homme qui aimait la mer, un officier de marine."
     L’influence de Tabarly, comme modèle, comme pédagogue, on peut la jauger à la célèbre école de voile des Glénans dans le Sud-Finistère, tout près de la résidence du navigateur. "Tabarly a écrit plusieurs livres sur l’art de la manœuvre", rappelle René Coleno directeur adjoint de l’école. Dans ce centre qui a formé des générations de marins, "on enseigne encore des trucs de Tabarly, qu’il tenait de sa pratique solitaire en mer". Le double vainqueur de la Transat est vraiment le "personnage de référence" aux Glénan. La preuve ? "Ici, on dit  « tu te prends pour Tabarly » à un jeune qui en fait trop."